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"Ils combattent comme des rats" : plongée dans la guerre souterraine à Gaza avec un capitaine commando
À Gaza, il ne s'agit pas d'affrontements conventionnels, mais d'une guerre d'ombres contre un ennemi insaisissable.


Dans une interview accordée à l'émission "Défense" sur i24NEWS, le capitaine Elkana "Kouno" Cohen livre un témoignage sur la réalité du conflit à Gaza. Cet officier de réserve d'une unité commando de Tsahal, auteur du livre "Matricule 7-10 2023, le journal de guerre d'un officier commando à Gaza", dévoile la guerre telle qu'elle est vécue de l'intérieur, loin des images et des discours préconçus.
L'appel du devoir au matin du 7 octobre
Le récit commence par une scène presque prémonitoire. À l'aube du 7 octobre, jour de Simcha Torah, l'épouse d'Elkanah se réveille, effrayée par un cauchemar dans lequel "des centaines de terroristes la poursuivaient" et où, bien qu'armée, elle "n'a pas réussi à dégainer". Quelques heures plus tard, les sirènes d'alerte retentissent et la réalité dépasse la fiction. Face à l'ampleur de l'attaque, Elkana n'hésite pas une seconde. Alors même qu'on lui refuse l'accès à son unité faute d'équipement disponible, il prend une décision stupéfiante : enfiler sa veste militaire et rejoindre malgré tout ses camarades de la division 551. Une détermination qui illustre l'esprit de résistance face à la menace existentielle qui pèse sur son pays.
Une guerre contre des ombres
Le témoignage d'Elkana brise les représentations classiques du combat. À Gaza, il ne s'agit pas d'affrontements conventionnels, mais d'une guerre d'ombres contre un ennemi insaisissable. "Le Hamas combat comme des rats", explique-t-il. "Ils sortent de tunnels, ils tirent et ensuite ils redescendent dans les tunnels et ils utilisent les civils autour d'eux comme boucliers." Cette réalité du terrain, peu relayée dans les médias internationaux, éclaire d'un jour nouveau la complexité de l'intervention israélienne. Les premières semaines, les soldats se battent littéralement contre des fantômes, entendant des tirs sans voir l'ennemi, vivant sous la menace constante de missiles anti-chars qui peuvent s'abattre même pendant leur sommeil.
Le tournant du pick-up ensanglanté
Un épisode particulièrement marquant survient lorsque l'unité d'Elkana découvre un pick-up du Hamas dont le siège arrière est couvert de sang. Après analyse, ils comprennent que trois soldats israéliens kidnappés y ont été assassinés. "À ce moment, j'ai compris véritablement pourquoi on se battait", confie l'officier avec émotion. Cette découverte macabre cristallise pour lui la mission de Tsahal : ramener les otages et s'assurer que le Hamas ne puisse plus jamais menacer Israël. Une motivation qui transcende la simple opération militaire pour devenir un impératif moral.
Les tactiques choquantes du Hamas
Le capitaine Cohen lève également le voile sur des tactiques du Hamas qui défient l'entendement. Il évoque des grenades cachées dans des poussettes d'enfants, des explosifs dissimulés derrière des canapés, et même des enregistrements de pleurs de bébés utilisés pour attirer les soldats vers des pièges explosifs. Plus troublant encore, il raconte un épisode où des gardiens du Hamas empêchaient des civils de quitter une école ciblée, allant jusqu'à abattre un enfant qui tentait de s'échapper. Il décrit également un terroriste du Hamas utilisant un bébé comme bouclier humain sur un toit, avec un photographe prêt à immortaliser toute bavure israélienne. "Je vous raconte cela pour que les gens comprennent face à quoi nous sommes confrontés", explique-t-il. "On parle beaucoup, il y a des manifestations contre nous, mais il faut comprendre à quoi sont confrontés les soldats de Tsahal qui sont sur le terrain."
Un conflit sans fin ?
Interrogé sur les opérations actuelles dans le nord de Gaza, notamment à Beit Lahia et Beit Hanoun, Elkana se montre pessimiste quant à une résolution rapide du conflit. "Les choses n'ont pas tellement changé", observe-t-il. "Dans 99% des maisons, il y avait des charges explosives, il y avait des pancartes de shahids, de martyrs, et c'est ainsi qu'ils sont éduqués." Ce qui l'a le plus choqué, c'est de constater que "toute une population sanctifie la mort" et qu'il n'y a pas de distinction claire entre combattants et civils. "Ce n'est pas que les habitants de la bande de Gaza disent 'on en a assez de la guerre, on ne va pas risquer la vie de nos enfants'. De leur point de vue, tous les moyens sont bons."
"L'unité du peuple"
Au-delà du récit de guerre, c'est aussi un témoignage sur la cohésion d'une nation face à l'adversité. Elkana parle avec fierté de la brigade 551, qu'il qualifie d'"unité du peuple", soulignant la détermination collective qui anime les forces israéliennes. Malgré l'horreur et l'épuisement, son message final reste empreint d'espoir et de détermination : "J'espère qu'on va ramener les otages et remporter cette guerre." Une phrase simple qui résume l'objectif d'une nation entière, plus de cinq mois après les événements tragiques du 7 octobre. Le livre "Matricule 7-10 2023" d'Elkana Cohen, avec un préambule de Gilles-William Goldnadel, promet d'offrir un regard sans filtre sur l'un des conflits les plus controversés de notre époque, raconté par celui qui l'a vécu dans sa chair.