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"Nous allons changer la face du Moyen-Orient" : les confidences de Netanyahou sur la guerre à Gaza
"Alors que le pan-arabisme s'est affaibli, l'Iran a commencé à dominer le Moyen-Orient."


Dans une interview, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou livre un témoignage sans filtre sur les décisions cruciales prises depuis le 7 octobre 2023. Pendant plus d'une heure, il dévoile les coulisses stratégiques d'une guerre qu'il qualifie de tournant géopolitique majeur pour la région.
Cette conversation, initialement réalisée en hébreu pour un podcast et désormais accessible avec des sous-titres en anglais, offre un aperçu exceptionnel de la vision géopolitique du dirigeant israélien.
"Nous allons changer la face du Moyen-Orient"
Dès le début de l'entretien, Netanyahou rappelle sa déclaration faite au deuxième jour du conflit : "Nous allons changer la face du Moyen-Orient." Une affirmation qui, selon lui, s'est déjà concrétisée. Le Premier ministre replace cette guerre dans une perspective historique plus large, expliquant comment Israël est passé du statut de "petit État juif" menacé d'extinction après sa guerre d'indépendance à une puissance régionale capable d'imposer ses conditions. "Après avoir vaincu lors des guerres de 1956, 1967 et 1973, nous avons été renforcés. Nous avons réussi à atteindre les portes de Damas et du Caire en trois semaines. Les pays arabes ont commencé à réaliser que nous n'allions pas disparaître," explique-t-il, traçant ainsi un parallèle avec la situation actuelle.
La menace iranienne, au cœur de l'analyse
Netanyahou consacre une partie importante de son analyse à la montée en puissance de l'Iran, qu'il décrit comme une menace existentielle pour Israël et la région. "Alors que le pan-arabisme s'est affaibli, l'Iran a commencé à dominer le Moyen-Orient. Il a créé un réseau d'infiltration de l'Iran à l'Irak, à la Syrie qu'il domine complètement à travers le Hezbollah, avec le Hamas et le Jihad islamique, et les Houthis au sud."
Selon le Premier ministre, Téhéran poursuit deux stratégies parallèles pour détruire Israël : "D'abord l'obtention de l'armement nucléaire, ce contre quoi nous luttons depuis au moins 20 ans. Deuxièmement, l'installation d'une base d'attaque" à proximité immédiate d'Israël.
Les désaccords avec l'administration Biden
L'interview révèle également les tensions entre Israël et son principal allié. "Les États-Unis ont presque fait pression pour nous empêcher de vaincre, ou en tout cas d'arrêter la guerre," affirme Netanyahou sans détour. Il raconte une conversation tendue avec le président Biden, qui lui conseillait de ne pas entrer dans Gaza et de se contenter de frappes aériennes. "J'ai dit à Biden : 'Nous avons déjà essayé cela, ça ne marche pas.' J'ai mené trois opérations fortes contre le Hamas. Nous avons tué des milliers de terroristes, nous avons tué aussi des dirigeants. Mais l'air ne gagne pas cette guerre."
Plus tard, quand le secrétaire d'État Blinken est venu en Israël, Netanyahou lui a lancé : "Tony, nous nous battrons avec nos doigts si nécessaire." Une façon de signifier la détermination absolue d'Israël à poursuivre son offensive terrestre malgré les réticences américaines.
Les décisions stratégiques cruciales
Le Premier ministre détaille quatre décisions majeures qui ont façonné la guerre :
- Mobiliser massivement les réservistes : "On m'a proposé de mobiliser 60 000 soldats, j'ai pensé qu'il fallait en mobiliser environ 300 000."
- Concentrer l'effort au Sud : Face à des attaques simultanées du Hamas au sud et du Hezbollah au nord, Netanyahou a choisi de prioritiser Gaza. "J'ai pensé qu'après ce terrible massacre, nous ne pouvions pas laisser le Hamas sur pied."
- Entrer à Rafah malgré l'opposition internationale : "Les Américains m'ont dit que nous allions causer des milliers, voire des dizaines de milliers de morts civils. J'ai répondu que ce ne serait pas le cas."
- Ajouter la sécurité du Nord comme objectif de guerre : "Plus de 60 000 personnes ont quitté leur maison. Nous avons donc ajouté un objectif : permettre aux habitants du Nord de rentrer chez eux en sécurité."
Une société israélienne plus unie qu'il n'y paraît
Contrairement aux divisions apparentes dans la société israélienne, Netanyahou perçoit une unité profonde. "Toutes les disputes qui existaient avant dans la société israélienne se sont effacées. Je pense que c'est un symbole très sain de la force qu'il y a dans la société israélienne." Il évoque avec émotion son passage dans une base militaire : "J'ai demandé à ces soldats, des jeunes de 18 ans, ce qu'ils voulaient faire. L'un dit qu'il veut être dans l'infanterie, l'autre dans les blindés... Il n'y a même pas assez de tanks pour tous ceux qui veulent servir dans cette arme !"
Un bilan militaire contesté
Netanyahou conteste fermement les prédictions alarmistes sur les pertes civiles palestiniennes, notamment à Rafah. Il raconte avoir demandé à un commandant sur place : "Combien de terroristes avez-vous tués ?" La réponse : "1 203." Puis à la question sur les civils : "Monsieur le Premier ministre, il y a eu une bombe qui a explosé au début, posée par le Hamas dans une zone civile. Il y a eu environ 20 civils et 20 membres du Hamas tués. Et après, presque rien, parce qu'ils n'étaient plus là. Nous avons combattu les terroristes." Pour Netanyahou, cette anecdote prouve que "les prédictions qui nous ont été faites par le gouvernement américain se sont révélées fausses."
Une vision à long terme
Le Premier ministre conclut en évoquant la nécessité d'une guerre longue contre le Hamas : "Nous n'avons pas pu laisser cette frontière ouverte, pour qu'ils continuent d'attaquer nos territoires et peut-être mènent des batailles sur notre sol."
Cette interview offre un aperçu rare de la pensée stratégique d'un dirigeant en temps de guerre, conjuguant analyse géopolitique, décisions militaires critiques et vision d'avenir pour le Moyen-Orient. Elle révèle un Netanyahou déterminé à poursuivre ce qu'il considère comme une guerre existentielle, malgré les pressions internationales et les défis intérieurs.